Concernant la première prison, la Constitution nous emprisonne effectivement. Nous aurions besoin d'en changer et c'est au sein de la Société Civile que l'écriture de ce nouveau texte devrait se faire. Mais il y a un préalable :
je ne crois pas que l’on puisse avancer tant que l’on ne remet pas en cause les fameux trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) qui sont traditionnellement attribués à l’État. C’est-à-dire que l’on ne reconsidère pas le cadre contraignant que constitue l’État Unitaire. Aborder une nouvelle constitution sans se demander « dans quels domaines l’État a-t-il un rôle exécutif justifié ? », nous conduira à reproduire les schémas anciens qui sont justement la cause des causes des causes du problème. C'est la raison pour laquelle nous avons commencé par aborder la question qui nous semble première: celle du rôle exécutif que l'on attribue généralement à l'État.
Vous prenez l'exemple du RIC. Je suis tout à fait d’accord que c’est la base indispensable à tout changement dans la démocratie et à un vrai développement d’une démocratie impulsée par la société civile. J’ai beaucoup milité pour cette cause. Mais en en donnant la version suisse, c’est-à-dire la séparation conceptuelle entre le droit de Référendum et le droit d’Initiative Populaire. Ayant participé à la vie politique suisse, j’ai mesuré la clarté qu’apportait cette distinction. J’appelle ce double droit le minimum vital de la démocratie, qui devrait comporter un deuxième volet, celui du droit à l’expérimentation, lequel a constitué le menu de la 3ème Rencontre Civilienne.
Oui, l’UE, dans sa forme actuelle, contribue fortement à entourer la prison de nouveaux barbelés, la rendant de plus en plus hermétique à toute tentative d’évasion. Mais l’UE n’est que le prolongement de l’État Unitaire. Nous reproduisons à l’étage supérieur la conception de la démocratie telle que nous l’avons à l’étage d’en-dessous, c’est-à-dire celui du pays. Cette forme d’Europe n’est pas une cause première. Elle est une conséquence. De même que l’exclusion des citoyens de la rédaction des lois est une conséquence. Et je ne crois pas que le tirage au sort des députés changera grand-chose à l’affaire, si l’on n’a pas pris soin de d’abord traiter le fond de l’affaire. Il me semble utile de ne pas confondre les principes généraux avec les outils qui permettraient de réaliser ces principes.
Michel Laloux